Historique de Barran
Epoque gallo-romaine
Barran était située sur la voie romaine Lamazère-L’Isle-de-Noé. On a découvert au lieu-dit « Pontic » les vestiges gallo-romains d’une importante villa antique : pile gallo-romaine (disparue depuis), mosaïques, murs…
Au lieu-dit Mazères, on a mis à jour des monnaies d’argent de l’Empereur Aurélien. De même, à Nux, des vestiges très abondants sont révélés après une prospection récente : dalle de marbre blanc avec inscriptions, moellons, marbres de diverses couleurs, mosaïques, poteries, tessons de sigillée sud-gauloise, chapiteau de marbre.
Moyen-Age
En 1080, Barran est un bourg ecclésial, fondé autour d’un prieuré bénédictin, que l’on connaît sous le nom de « Stella de Barrano » (où se trouve l’église actuelle).
Au Moyen-Age, le chemin de St-Jacques de Compostelle qui mène les pèlerins d’Auch à l’Isle-d’Arbéchan s’arrête à l’hôpital de Bonnefont, puis au prieuré de Barran.
Vers 1134, un second itinéraire arrive de la Castagnère, évite Barran et passe par l’Hôpital de Seregrand, nouvellement créé. La fondation de la bastide en 1278 ramènera les pèlerins vers Barran avec la création de deux nouveaux hôpitaux St-Jacques et St-Barthélémy.
La bastide de Barran est fondée par l’Archevêque d’Auch, Amnieu II en paréage avec le Comte d’Armagnac-Fezensac, Géraud V en 1278. Des coutumes lui sont octroyées en 1279 et renouvelées en 1332 et 1462.
Laissons Mr René Caïrou nous parler de la bastide :
« Il semblerait que les seigneurs paréages aient vu grand, car un cadastre de 1480 mentionne hors de l’enceinte actuelle, des « bourgs » et des « fossés vieux ». Les difficultés du peuplement et la nécessaire édification d’une enceinte fortifiée provoquèrent alors le rétrécissement de la bastide : c’est ce dernier état de la bastide qui apparaît de nos jours.
Elle est de plan rectangulaire et très étendue pour sa population : 450 m de longueur sur 260 m de largeur. Elle est traversée par un axe rectiligne d’où le nom de bastide-rue. A l’est de cette rue s’élèvent principalement des habitations, alors qu’à l’ouest , on retrouve une grande densité de jardins.
L’ancien centre commerçant est situé au niveau de la halle sur piliers de pierre, bâtie sur une grande place bordée de couverts sur trois côtés. D’après un plan de 1882, il existait un autre bâtiment, moins large que la halle actuelle et symétrique à cette dernière par rapport à la rue. Certainement, comme dans d’autres bastides telles que Gimont et Bassoues, ces deux constructions n’en faisaient qu’une seule et la route la traversait.
Dans la moitié sud du village, nous avons un plan très net de bastide avec des rues se coupant à angles droits. Dans la moitié nord et principalement autour de l’église, existe une structure urbaine différente, avec des îlots de maisons en éventail et des rues concentriques.
La bastide était fortifiée et conserve encore quelques vestiges intéressants de ses fortifications : quelques pans de courtines arasés, une tour-porte, un pont et des fossés.
Les courtines mesuraient 8 m de haut et étaient très épaisses : 1,30 à 1,50 m de large. Comme dans la majorité des bastides, les courtines n’ont pas échappé au pillage : elle représentaient des carrières providentielles pour les bâtisseurs. La reconstruction de l’église en 1569 en consomma une énorme quantité, on en retrouve également au niveau de la maison datée de 1592.
On peut apercevoir des vestiges de courtine au :
- nord : à droite de la tour-porte, 20m de courtine sont encore présents et assez bien conservés sur une hauteur de 2m – à gauche, un témoin permet d’évaluer la hauteur des murailles avec la trace du chemin de ronde à 6m du sol actuel donc une hauteur de 8m avec les 2m de couronnement disparu.
- Ouest : rares vestiges du rempart sur une hauteur de 1m à 1,50m qui sert de soubassement aux habitations et au mur du cimetière ou qui disparaît dans les talus herbeux
- Sud : le rempart avec ses parements n’est visible qu’en trois points : aux angles sur une hauteur de 2,50 m où il semblerait qu’une tour ait existé – au niveau de l’immeuble à droite de la tour-porte disparue où l’on retrouve le plus beau spécimen du rempart que possède la bastide.
- Est : vestiges les plus nombreux, la courtine est pratiquement présente sur toute sa longueur et sur une hauteur variant de 1m à 3m.
Les Fossés sont alimentés par le « Rhône » (10 m de large) et sont encore présents sur les faces Nord et Est, mais pas sur toute la longueur des courtines correspondantes. Pour pallier à la déclivité du terrain, il a été coupé par des digues en bassins successifs qui s’alimentent par leurs trop-pleins ; le dernier se déverse en aval du ruisseau.
Sur les faces Sud et Ouest, la bretelle qui sert de déviation aux poids lourds a été établie sur l’ancien lit du fossé et sur l’ancien chemin de ronde.
La Tour-Porte est le témoin le plus intéressant et le plus instructif des fortifications, non seulement de Barran, mais des bastides en général. Avec le pont qui la précède, elle est une des rares bastides à pouvoir nous présenter un type de porte ayant en grande partie conservé tous ses caractères primitifs :
- Le pont : il est bâti sur une arche unique en arc brisé et bordé par des parapets à deux niveaux. Les deux parapets précédant l’entrée mesurent 2,50m de haut et présentent en leur milieu une niche ébrasée au fond de laquelle on retrouve une archère à double traverse. Ces deux parapets semblent avoir joué le rôle d’une barbacane destinée à défendre la porte. Les deux parapets de 0,90 m de haut qui font suite, possèdent à leur base un ressaut semblant indiquer qu’un pont en bois ait pu exister. Ce pont devait être mobile pour justifier l’utilité du fossé, puis il a été remplacé par un pont fixe en bois et enfin par un pont maçonné. (cette conception de pont nous montre que les ponts-levis ne sont pas encore adoptés dans les bastides).
La tour-porte est approximativement carrée et mesure 7,75 m sur 7,15m pour une hauteur de 10 m depuis le pont jusqu’à la génoise. Son toit est à 4 pentes, la partie supérieure était crénelée : les merlons apparaissent légèrement plus larges que les créneaux qui ont été murés. L’étage de la tour était fortifié et chaque face présente une archère à double traverse. - Les portes : du côté intérieur, une grande entrée en arc brisé de 6,40 m de haut, sans fermeture et du côté extérieur, une porte bien plus basse et bien défendue. Celle-ci mesure 4,25 m de haut et dans son embrasure, on retrouve une gorge de 0,13m de large correspondant au passage d’une herse en bois qui s’actionnait depuis l’étage. Cette porte était fermée en arrière de la herse, par deux solides vantaux dont il reste dans les murs les gonds supérieurs.
En conclusion la valeur militaire de la bastide est bonne en ce qui concerne les éléments d’arrêt et plus fiable pour ce qui est des éléments défensifs : le souci de défense était concentré sur les portes, mais hélas, il y loin entre l’intention et la réalisation. Pour le reste de l’enceinte, on semble avoir fait confiance aux fossés, à l’épaisseur et à la hauteur des courtines en même temps qu’à leur couronnement.